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Georges-Édouard Tremblay, maître de la tapisserie 1902-1987
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Georges-Édouard Tremblay est né le 10 novembre 1902. Il habitait le rang Saint-Laurent de Baie-Saint-Paul en Charlevoix, tout près de la rivière du Gouffre. Il était le fils de Georges Tremblay et d’Édith Fortin, cultivateurs aisés. Deuxième enfant d’une famille de quatre, dont trois garçons et une fille, il possède un talent naturel pour la peinture à laquelle il s’adonne dès l’âge de dix ans. « C’est la vieille maison natale qui fut ma source d’inspiration » se plaisait-il à dire et à redire. Dès la petite école de rang qu’il fréquente jusqu’à sa neuvième année à Baie-Saint-Paul, il se dit très ambitieux, premier ou deuxième de classe. Par la suite, il fréquente le collège de Sainte-Anne-de-Beaupré jusqu’en 1919 où il termine un cours commercial bilingue. À vingt ans, il rencontre Mariette Fortin qui devient son épouse. Mariette fabrique des tapis pour les vendre aux touristes. Georges-Édouard lui dessine des modèles de tapis qu’elle se plaît à exécuter. Puis vint à l’idée de Georges-Édouard de transformer le petit tapis de porte crocheté en ajoutant des motifs, des fleurs, des scènes de Charlevoix. D’utilitaire qu’il était, le petit tapis devenait tapisserie décorative. On pouvait le mettre au mur comme un tableau mais pour ce faire, il fallait trouver des patrons, créer des modèles, inventer de nouvelles formes. En 1930, sur les conseils d’Oscar Bériau, directeur de l’École des Arts domestiques de Québec, Georges-Édouard se retrouve en apprentissage à Québec. Dès février-mars 1931, il reçoit, avec les premières commandes, une quantité de modèles de tapis à exécuter. Il engage des jeunes filles et leur enseigne les rudiments du crocheté. Ses débuts sont plutôt modestes. D’abord, il s’installe avec sa femme à Baie-Saint-Paul, prépare les métiers de bois pour les cinq ouvrières et achète le matériel. Comme c’était la période de crise, à peine 0,50 $ par jour pendant deux mois de travail, il fallait économiser, acheter la laine brute, la nettoyer, la laver et la faire filer par une ou deux femmes. Puis, il fallait teindre la laine, préparer les cartons, agrandir les modèles de tapis, les tracer, indiquer les couleurs et initier les jeunes élèves. Les touristes américains appréciaient ces œuvres et ils achetaient tout. En 1932, la famille Tremblay déménage à Pointe-au-Pic et s’installe à l’étage du magasin d’artisanat d’Alcide Bergeron. Georges-Édouard veut dessiner ses propres modèles car, disait-il: «Au début, on copiait Clarence Gagnon, Coburn, etc., et il fallait apprendre à peindre.» La rencontre de Patrick Morgan lui permettra de laisser courir ses propres idées et de faire ainsi de beaux paysages. De 1937 à 1939, il présente à l’Exposition annuelle de Pointe-au-Pic vingt-six toiles qui attirent l’attention. En 1938, il loue un magasin sur la rue Principale à Pointe-au-Pic avant d’acheter la grande résidence qui deviendra son atelier-école.
Georges-Édouard Tremblay
enseignant le métier à une
ouvrière. Secondé par sa femme Mariette, artisane de talent, Georges-Édouard initie à l’art de la tapisserie Ida Harvey qui, pendant plus de trente-trois ans, devient sa première technicienne avec qui il partage les tâches.
Georges-Édouard Tremblay Gouache et huile sur carton (1940c)94.5 x 143 cm Collection Musée de Charlevoix, La Malbaie, Qué Don de l’auteur. En 1942, le gouvernement du Québec, par l’intermédiaire de Jean-Marie Gauvreau et d’Eugène Bussières, conseillers techniques au ministère du Commerce, lui confie le soin de créer à Pointe-au-Pic un atelier-école de tapis crochetés. Plus de trois cents élèves ont été formés par Georges-Édouard Tremblay. De cet atelier sont sortis des centaines et des centaines de tentures murales et des tapis de plancher dessinés d’après ses cartons qui lui ont valu une réputation nationale et internationale et de nombreux honneurs. Les expositions provinciales et locales auxquelles il a participé au Québec et les expositions internationales de New York et de Berne en Suisse lui ont valu de nombreux prix. En 1952, il a été nommé lauréat du Grand Prix d’Artisanat de la Province avec diplôme émérite et médaille de bronze. Plusieurs touristes, grands magasins, hôtels, édifices et musées tel le grand magasin Holt Renfrew, la Canadian Handicrafts, le Château Frontenac de Québec, le Reine Élizabeth de Montréal, le Royal York de Toronto, le Musée international de Pennsylvanie, les résidences du Gouverneur général et du Premier ministre du Canada possèdent des œuvres de Georges-Édouard Tremblay ou en ont distribuées. Plusieurs musées nationaux et régionaux, entre autres le Musée de la civilisation, le Musée de Charlevoix et le Centre d’art de Baie-Saint-Paul mettent en valeur ses œuvres. En 1952, un incendie ravage l’atelier-école. Il faut reconstruire à la hâte et refaire les cartons de tapis perdus. À la fin de la même année arrive sa fille Francine. En 1957, il perd sa femme Mariette et, un an plus
tard, il épouse Hortense Fortin et poursuit son travail jusqu’en
1968, année où il ferme son Atelier-école à la suite des exigences
de la régionalisation scolaire. Grâce à son talent de peintre et aux améliorations qu’il a apportées à la technique du point crocheté, il est devenu le créateur d’une tapisserie typiquement canadienne inspirée de la flore, de la faune, des paysages, du folklore et des us et coutumes du Québec. De 1977 à 1981, Claire Thibeault continuera de faire vivre la tradition de l’atelier-école au Musée régional Laure-Conan de La Malbaie. Vers 1974, Georges-Édouard revient s’établir à Baie-Saint-Paul, sur la Côte de la Chapelle, dans le rang La Mare, d’où il regarde au loin les terres de son enfance. Il peut produire sans contrainte et faire revivre ses paysages, ses souvenirs. Toute sa vie durant, Georges-Édouard a vécu de son travail artistique. Il s’est illustré comme cartonnier, tisserand et peintre paysagiste. L’œuvre immense de Georges-Édouard couvre plus de la moitié de notre siècle. Dès les débuts de sa carrière et jusqu’à son décès le 30 décembre 1987, il a peint son décor familier, les événements de la vie de tous les jours et les moments plus solennels comme son baptême et son mariage. Même si le nom de Georges-Édouard Tremblay est surtout associé à la tapisserie québécoise et canadienne, il s’est aussi fait connaître comme peintre original et personnel. Grâce à son talent de peintre et aux améliorations qu’il a apportées à la technique du point crocheté, il est devenu le créateur d’une tapisserie typiquement canadienne inspirée de la flore, de la faune, des paysages, du folklore et des us et coutumes du Québec. * Note: Richard Dubé et François Tremblay, auteurs de Peindre un pays, Charlevoix et ses peintres populaires, Broquet, 1989, 160 p., ont consacré un chapitre (pp. 128-148) à Georges-Édouard Tremblay. J’y ai puisé mon inspiration et mes références. Je les remercie de leur collaboration et de leur autorisation à utiliser des extraits de leur texte. |